La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, visant à simplifier la sortie de l'indivision et la gestion des successions vacantes, promet de débloquer certaines de ces situations. Mais que change-t-elle réellement ? Voici ce qu'il faut savoir, et surtout ce qui reste inchangé — un point que beaucoup d'articles grand public passent sous silence.
Un rappel : comment fonctionne l'indivision successorale
Au décès d'une personne laissant plusieurs héritiers, les biens de la succession entrent en indivision jusqu'au partage. Chaque héritier détient des droits sur l'ensemble du patrimoine, proportionnellement à sa part, sans qu'aucun bien ne lui soit attribué individuellement. Trois régimes de pouvoir coexistent selon la nature de l'acte :
Les actes conservatoires (réparations urgentes, paiement de dettes courantes) peuvent être accomplis par un seul indivisaire.
Les actes d'administration (location, gestion courante) requièrent une majorité des deux tiers des droits indivis.
Les actes de disposition, notamment la vente d'un bien, restent en principe soumis à la règle de l'unanimité.
C'est cette dernière règle qui bloque le plus souvent les successions : il suffit qu'un seul héritier refuse ou reste silencieux pour paralyser la vente d'un bien.
Ce que change concrètement la loi du 7 avril 2026
1. Une procédure de vente à la majorité qualifiée rendue plus accessible. L'article 815-5-1 du Code civil, qui permettait déjà aux indivisaires détenant au moins deux tiers des droits indivis de demander au juge l'autorisation de vendre malgré l'opposition des minoritaires, est simplifié. Concrètement, les indivisaires majoritaires peuvent désormais exprimer leur intention de vendre ou de partager directement devant notaire, ce qui accélère et sécurise la procédure.
2. Des mesures d'urgence renforcées. La loi consacre expressément, à l'article 815-6 du Code civil, une solution déjà admise par la jurisprudence : un indivisaire peut être autorisé par le président du tribunal judiciaire à céder seul un bien indivis lorsque l'urgence l'exige et que la cession sert l'intérêt commun (bien qui se dégrade, dette de l'indivision, offre d'achat imminente).
3. Un traitement facilité des successions vacantes. La loi crée une base de données nationale recensant les biens immobiliers à l'abandon, identifiés dans le cadre de diverses procédures. L'objectif est de faciliter leur repérage et leur traitement, notamment lorsqu'aucun héritier ne se manifeste.
4. Un dispositif spécifique pour la Corse. La loi précise les modalités d'un mécanisme dérogatoire déjà prévu par la loi du 6 mars 2017, qui abaisse les seuils de majorité pour les biens indivis situés en Corse — un dispositif resté largement inappliqué faute de formalisme clair.
Ce qui ne change pas — et c'est essentiel
Le point le plus important pour un héritier minoritaire n'est pas ce que la loi a créé, mais ce qu'elle a refusé. L'Assemblée nationale avait initialement envisagé d'abaisser le seuil requis pour vendre un bien sans l'accord de tous à une simple majorité (50 %). Le Sénat s'y est fermement opposé, estimant qu'une telle mesure porterait une atteinte disproportionnée au droit de propriété des indivisaires minoritaires, et pourrait avoir des répercussions imprévisibles au-delà du seul droit des successions.
Le seuil des deux tiers est donc maintenu. Concrètement : si vous détenez plus d'un tiers des droits indivis, personne ne peut vous contraindre à vendre par la voie de l'article 815-5-1. Le silence prolongé d'un héritier ne vaut par ailleurs pas consentement en droit commun.
Ce que cela signifie en pratique
Vous êtes majoritaire et souhaitez vendre : la procédure devant notaire est désormais plus simple et plus rapide à mettre en œuvre qu'un partage judiciaire classique.
Vous êtes minoritaire et souhaitez conserver le bien : votre position reste protégée tant que vous détenez plus d'un tiers des droits indivis — mais une procédure d'urgence peut désormais être activée plus facilement en cas de dégradation du bien ou de risque financier avéré pour l'indivision.
La succession est bloquée depuis plusieurs années : le partage judiciaire (article 840 du Code civil) reste la voie de recours si aucun accord amiable n'est trouvé.
Questions fréquentes
Un héritier peut-il à lui seul bloquer la vente d'un bien en indivision ?
Oui, tant qu'il détient plus d'un tiers des droits indivis : la vente amiable à la majorité qualifiée (article 815-5-1 du Code civil) exige que les vendeurs réunissent au moins deux tiers des droits. En dessous de ce seuil, seul un partage judiciaire permet de sortir de l'indivision.
Que faire si un héritier reste injoignable ou garde le silence ?
Le silence prolongé ne vaut pas accord en droit commun. Si les autres indivisaires détiennent au moins deux tiers des droits, ils peuvent engager la procédure devant notaire prévue à l'article 815-5-1. En dessous de ce seuil, ou en cas d'urgence avérée (dégradation du bien, dette de l'indivision), une saisine du président du tribunal judiciaire sur le fondement de l'article 815-6 peut être envisagée.
Combien de temps dure un partage judiciaire ?
La durée varie fortement selon le nombre d'héritiers, la valeur et la nature des biens, et le degré de conflit entre les parties. Un partage amiable, lorsqu'il est possible, reste nettement plus rapide qu'une procédure judiciaire.
En résumé
La loi du 7 avril 2026 est une réforme d'ajustement plutôt qu'une refonte du droit des successions : elle facilite l'usage de mécanismes déjà existants sans bouleverser l'équilibre entre droit de propriété individuel et nécessité de sortir de l'indivision. Chaque situation reste néanmoins spécifique — nombre d'héritiers, nature des biens, existence ou non d'un conflit ouvert — et mérite une analyse individualisée avant d'engager une procédure amiable ou judiciaire.
Vous êtes en indivision successorale et souhaitez faire le point sur votre situation ? N'hésitez pas à nous contacter pour un premier échange.
Cet article a une vocation générale et informative ; il ne constitue pas une consultation juridique et ne saurait se substituer à une analyse individualisée de votre situation.


Edouard DEVOS